Vendredi 10 juin 2005

Premier dossier sur ce site... et non des moindres...

Je vous propose de tenter de décrypter ensemble un phénomène majeur de l'histore du cinéma français... la cinéphilie. On pense automatiquement aux Cahiers du Cinéma, à la Nouvelle Vague, à des réalisateurs comme Godard ou Malle.

Ce dossier comprendra plusieurs volets:

- un petit historique de la cinéphilie

- une interview d'un rédacteur des Cahiers du Cinéma pour comprendre l'influence qu' a eu ce magazine dans la cinéphilie à la française (déjà en ligne)

- un coup de projecteur sur quelques réalisateurs et films de la Nouvelle Vague

- une analyse du phénomène cinéphile, passé, présent futur

- enfin, une critique du livre d'Antoine de Baecque consacré à la cinéphilie (lire bibliographie dans Côté livres)

Vous êtes libres de faire dès à présent des commentaires ou de parler de votre propre façon de vivre la cinéphilie.

Un peu de patience... Ce dossier sera complété au fur et à mesure. La cinéphilie n'est pas née en un jour!

Quelques succès issus de la Nouvelle Vague...

par tronche de cinoche publié dans : Histoire de la cinéphilie
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Vendredi 10 juin 2005

 

Stéphane Bouquet est rédacteur aux Cahiers du Cinéma. Il a écrit plusieurs ouvrages, dont Un Monde existe et Le Mot frère. Je l'avais rencontré à l'occasion des 50 ans des Cahiers du Cinéma, en 2002. 

 

Comment expliquez-vous la notoriété des Cahiers du Cinéma?

Ce qui fait véritablement la réputation des Cahiers du Cinéma, je pense, c’est d’abord globalement la Nouvelle Vague, c'est-à-dire l’idée qu’il y a eu un moment dans l’histoire du cinéma où un groupe de jeunes critiques de cinéma a décidé de prendre la relève des cinéastes dont ils parlaient et de montrer quelle pratique ils pouvaient avoir de leur théorie. Il y a eu toute une mise en place pendant les années 50 d’une théorie qu’on appelle la politique des auteurs qui consistait à dire que le véritable auteur du film c’était le metteur en scène, et que finalement peu importait le scénario qui était traité et qui était mis en image. Ce qui importait, c’était la façon de le mettre en image. Cette théorie a été lancée à la fois par cette jeune génération, et ensuite mis en expérience par les mêmes quelques années plus tard qui ont fait des films, ce que l’on appelait la Nouvelle Vague globalement, et qui ont largement révolutionné le cinéma français en tout cas.

 

Qu’est ce qui explique la longévité des Cahiers du Cinéma ?
Il y a eu par cet effet d’intervention dans le champ cinématographique, dans la fabrique véritablement du cinéma, un fort effet de notoriété qui a été accolé aux Cahiers du Cinéma. Et puis ensuite, il y a eu tout un re-travail théorique qui a été très important aux Cahiers du Cinéma, et qui a fait que les Cahiers ont suivi plus ou moins les grandes évolutions intellectuelles de la seconde moitié du XXe siècle. C’est-à-dire qu’ils ont été influencés par le structuralisme, par le maoïsme, par un certain gauchisme dans les années 70. Et pendant très longtemps, les Cahiers du Cinéma ont été -avec un peu de retard souvent, mais avec une certaine profondeur, on peut le dire comme ça- représentatif de l’évolution de la scène intellectuelle française, et ont appliqué ces concepts qui étaient plus ou moins opérants selon les époques au cinéma. Je pense par exemple à toute la période très très maoïste où il s'est agi de redéfinir d'un point de vue idéologique le cinéma. Si pendant les années 50 les Cahiers du cinéma avait défini le concept de la politique des auteurs à partir du cinéma américain, dans les années 70 ils ont repris les mêmes films et essayé de voir comment on pouvait avoir une pensée politique du cinéma et comment en fait les films que l'on avait aimé dans les années 50 étaient aimés pour de mauvaises raisons puisqu'ils étaient représentatifs d'un certain nombre de traits de l'idéologie bourgeoise pour dire vite. Pour résumer, on peut dire que pendant 50 ans, les Cahiers du cinéma ont été tout à fait synchrone avec un certain nombre de conceptions idéologiques et ils ont toujours trouvé le moyen de l'appliquer à la sphère de l'image et du cinéma en particulier.
L'autre grand trait dominant, qui explique la longévité des Cahiers du cinéma, c'est que beaucoup de gens qui sont passés par les Cahiers du cinéma sont ensuite devenus soit scénaristes (Pascal Bonitzer, Jacques Fieschi), cinéastes (André Téchiné, Olivier Assayas, Jean-Claude Biette, Léos Carax, Patrice Leconte). Donc il y a cette deuxième grande vague qui fait qu'il y a toujours des points de passage des Cahiers du cinéma, longtemps revue théorique au cinéma

Comment fonctionne la rédaction des Cahiers du cinéma ?
Je pense qu'il faut faire une coupure dans cette histoire qui est globalement ce qu'il s'est passé il y a trois ans, c'est-à-dire la rachat par Le Monde des Cahiers du cinéma, qui fait que la rédaction a cessé de fonctionner comme elle l'a fait pendant longtemps. C'était globalement une rédaction d'amateurs, de gens relativement jeunes (on y rentrait quand on avait autour de 20 ans). Ils étaient jeunes à cette époque pour la simple raison que ce n'était pas payé du tout, ça demandait beaucoup d'investissement, beaucoup de temps, etc. donc ça ne pouvait être fait que par des gens qui étaient vraiment disponibles. Et puis au bout d'un moment, la vie passant, il fallait faire autre chose pour quand même vraiment gagner sa vie. Aujourd'hui avec le rachat par Le Monde, ça a professionnalisé la revue et maintenant on peut gagner sa vie pas trop mal en travaillant aux Cahiers du cinéma. C'est plus une première étape du métier de journaliste qu'avant en fait. Je pense que c'est ça qui a beaucoup changé. Pendant longtemps on écrivait pas aux Cahiers du cinéma pour devenir journaliste mais parce qu'on aimait le cinéma, on aimait la critique, on aimait l'écriture. Et ensuite on se destinait à faire autre chose, soit dans le cinéma, soit dans l'écriture. Aujourd'hui c'est un peu moins vrai. Mais la rédaction est toujours assez jeune et ils sont venus là par cinéphilie profonde. Ce qui a changé aussi c'est que pendant longtemps les critiques des Cahiers du cinéma étaient des gens qui n'avaient pas fait d'études de cinéma ; aujourd'hui ils en ont fait pour la majorité. Ce qui conduit aussi à professionnaliser la revue.

 

    

 

 


par tronche de cinoche publié dans : Histoire de la cinéphilie
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