Lundi 9 mai 2005
Rencontre avec le réalisateur Stéphane Brizé et l'actrice Anne Consigny à propos de la sortie de Je ne suis pas là pour être aimé.
Je ne suis pas là pour être aimé est le deuxième film de Stéphane Brizé,  après Le Bleu des villes.
Anne Consigny a joué récemment dans 36, quai des Orfèvres.


  


Pourquoi avez-vous de nouveau choisi un métier dit difficile, ingrat pour votre rôle principal? Il en était de même dans votre premier long métrage, Le Bleu des villes.
S.B. Huissier, c'est un métier difficile parce que l'on doit faire abstraction de ses sentiments. On doit être blindé pour ne pas avoir à faire aux émotions. Je trouve ça intéressant. Ca me touche les personnages qui tiennent la distance. J'ai affaire à des personnages qui ont des problèmes dans ce qui est de l'odre de l'affectif.

Pourquoi avoir choisi le tango comme fil conducteur du film?
S.B. Le tango n'est pas une danse désuète. Il y a énormément de bals. Le tango m'est venu très spontanément. J'ai pensé à ça car la mélancolie qui est associée au tango fait très largement écho à la mélancolie du personnage principal. Je psne que c'est une danse qui est pleine de sensualité et même de sexualité, mais il y a quelque chose de très élégant. Le personnage principal peut s'autoriser à aller vers cette danse parce qu'elle n'est pas trop "inquiétante". Elle est codifiée comme Jean-Claude, le personnage principal du film.


Où avez-vous puisé toute cette émotion, cette justesse et cette sensibilité?
S.B. Ma matière première, c'est mon histoire personnelle, c'est les réflexions que j'ai, ce que je ressens dans la vie. Et ensuite je projette dans les différents personnages à l'écran. Cette difficulté à communiquer avec les gens très proches, que l'on aime tellement... quand ça n'existe pas, c'est une douleur qutour de laquelle il est difficile de se construire, qui est un manque toute une vie. C'est effectivement quelque chose qui a marqué ma vie, comme elle a marqué plein plein de gens. C'est rare en fait que les choses soient exprimées en fait dans les familles à cause de la pudeur. Il y a de l'amour dans toutes les familles, mais il y a parfois peu de preuves d'amour, des mots qui ne sont pas dits. Ce que je trouvais émouvant, c'était de voir que Jean-Claude (Patrick Chesnais), quelqu'un de raide dans ses bottes, était toujours le fils, toujours un gamin: la douleur de l'enfant est toujours présente à 50 ans; il n'a rien réglé avec son père. La rencontre avec Françoise (Anne Consigny) va avoir des conséquences dans la relation avec son fils. Le père et le fils sont deux personnes qui se sont ratées. Jean-Claude n'a pas appris à aimer, n'a pas appris à être aimé.


Pourquoi ce titre?
S.B. Je pense que le titre peut s'adapter aux autres personnages: la secrétaire, le père de Jean-Claude, son fils... Ils ont du mal avec l'amour. C'est un titre qui a beaucoup partagé. Au moment de l'écriture, tout le monde avait un avis sur le titre: il était soit formidable soit suicidaire. Moi à l'arrivée, j'aime beaucoup ce titre et c'est première chose autour de laquelle je construis le film. J'ai besoin d'avoir le titre rapidement; ça me donne le sentiment de tenir mon sujet. C'est construit autour de cette problématique. J'écoute cette petite voix intérieure qui me fait venir des idées, des personnages; ensuite je construis dans le détail la psychologie des personnages, leurs rapports, leur évolution.

Anne Consigny, qu'est-ce qu'il y a de vous chez Françoise?
A.C. J'adore le personnage de Françoise. J'ai beaucoup d'admiration et de tendresse pour elle, donc je vais pas dire que je lui ressemble vachement! J'aimerais bien être comme elle: avoir cette dignité, cette abnégation, cette générosité et ce courage. Elle s'est donnée comme challenge d'etre fidèle aux autres; finalement c'est à elle qu'elle est attentive. Moi ça me touche beaucoup. Dans l'éducation que j'ai reçu et les gens de ma génération -j'ai grandi dans un milieu catholique pratiquant- on nous apprend beaucoup à être généreux mais surtout pas à être égoïste. J'aimerais bien pouvoir élever mes enfants dans cet esprit où l'on sait parfois être égoïste, penser à soi. On dit que quand on a un héros, on a quelque chose de lui en soi, donc disons que Françoise est mon héros et que j'ai quelque chose d'elle en moi!

Comment s'est faite la distribution du film?
S.B. Je n'écris pas en pensant à des acteurs car pour moi c'est très réducteur. Donc j'écris les personnages et ensuite je réfléchis à qui pourrait les interpréter. Il fallait quand même quelqu'un d'assez agé pour jouer le père de Jean-Claude. Il fallait aussi quelqu'un d'assez imposant qui puisse écraser Jean-Claude. Très vite, j'ai pensé à Georges Wilson. Il a d'abord refusé même s'il avait apprécié le scénario car il m'a dit "Le personnage du père de Jean-Claude, c'est moi! Donc c'est trop douloureux; je ne le ferais pas."



* propos recueillis au cinéma Les Studio de Tours, le 7 octobre 2005
par tronche de cinoche publié dans : Portraits et interviews de cinéastes
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Dimanche 8 mai 2005
  


Rencontre avec Gérard Jugnot, qu'on ne présente plus, et Eric Civanyan, metteur en scène de théatre et réalisateur d'
Il ne faut jurer de rien



Pourquoi avoir réalisé cette histoire adaptée de Musset?
E.C. Moi ce que j'aime quand je vais au cinéma c'est voyager. Quand ça se passe dans un trois-pièces-cuisine, je suis un tout petit peu moins fan, mais quand on me fait voyager d'une façon ou d'une autre, j'adore. Et là vraiment j'ai voulu faire voyager, et dans le temps et dans l'histoire.


Comment s'est fait le choix des comédiens?
E.C. Ca me faisait plaisir de donner un rôle dans lequel Gérard Jugnot a à nouveau une vraie part de comédie. Pour Jean Dujardin, ça nous est venu après; j'avais envie d'avoir quelqu'un qui soit l'archétype d'un mec et qui soit mis en danger par une jeune femme. Je trouve ça formidable d'avoir quelqu'un qui soit un peu la séduction incarnée, mais qui va avoir beaucoup de mal à séduire dans le film. C'est peut être une petite vengeance de ma part! Je n'ai pas le physique de Jean Dujardin.


Gérard Jugnot, vous avez joué pour la première fois avec Jean Dujardin. Quelles ont été vos impressions?
G. J. Le temps passe donc je suis obligé de jouer avec des plus jeunes que moi! Ils sont ous morts les autres! Il y a chez Jean cette sympathie, cette simplicité qui ressemble un petit peu, s'il ne merde pas, à Bébel, Belmondo. Ce charme, cette drolerie, cette légèreté. Il adore jouer.


Vous retournez à un genre que vous connaissez bien, la comédie... mais en costume cette fois-ci...
G.J. J'adore changer de registre. J'ai passé l'age de faire des plans de carrière. J'ai envie de m'amuser; j'ai envie d'aller vers des choses qui me font plaisir. J'ai rencontré Eric Civanyan au théatre. Quand il m'a présenté son aventure qui n'était pas gagnée sur le terrain -faire un film en costume, ça coute cher!; il faut des carrosses, des décors-, c'était un plaisir. Là je reviens vers quelque chose de beaucoup plus truculent. J'aime le côté avare du personnage, mais il a derrière quelque chose, une félure.

C'est un plaisir pour vous de jouer en costume?
G.J. Le costume pour un acteur, c'est formidable. Ca vous aide à jouer, ça donne des postures.


*propos recueillis au cinéma UGC Saint Jean de Nancy, le 5 septembre 2005
par tronche de cinoche publié dans : Portraits et interviews de cinéastes
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