
Jean-Pierre Sinapi est le réalisateur de Camping à la ferme (lire chronique). Il a également tourné auparavant Nationale 7 et Vivre me tue. C'est un ancien professeur, passé par l'écriture de scénario pour des feuilletons de l'été à la télé avant de se lancer dans la réalisation pour le grand écran. Il continue à tourner pour la télé.
Pourquoi avoir choisi des comédiens amateurs pour interpréter les 6 rôles principaux?
J’aurais pu chercher des jeunes comédiens professionnels, mais j’avais très peur de tourner dans le cliché. Donc je me suis dit, le seul moyen d’éviter ça, c’est de trouver des jeunes comédiens amateurs authentiques et vrais à l’écran.
La première impression qui comptait, c’est que je les trouve d’emblée sympathique. Je leur demandais de se présenter et de faire une petite impro à partir d’une séquence du scénario ; et je voyais s’ils avaient naturellement un don de comédien. Être comédien, c’est un vrai travail donc il fallait qu’ils soient naturels. Je voulais aussi voir leur capacité d’écoute. Je les ensuite formés. J’en ai gardé 5 au final et le 6e était un jeune avec une petite expérience de comédien, qui joue le rôle de Luigi.
Qu'ont-ils pensé du film?
Ils sont ravis du film. Ils y croyaient pas ; ils n'y ont jamais cru. Ils ont mis du temps à réaliser. Ca a été une belle aventure sur le plan cinématographique et sur le plan humain. Pas toujours facile, mais une belle aventure !
Pourquoi aborder des questions sociales dans Camping à la ferme, notamment celui du handicap?
Déjà à l’époque de Nationale 7, je m’intéressais aux questions sociales. Il y a une certaine constante dans mon travail. Mon second long-métrage, Vivre me tue, parlait de la difficulté de jeunes Maghrébins nés en France de s’insérer dans la société française. Pour moi, faire du cinéma, ce n’est pas seulement faire rire les gens, remplir les salles; il est nécessaire que mes films ait une vraie nécessité à exister.
Camping à la ferme est un film de commande...
Ce film a été écrit il y 3 ans par Azouz Begag, un sociologue et écrivain, qui vient d’être nommé ministre délégué à l’égalité des chances. Il cherchait un metteur en scène pour réaliser un film et a trouvé en moi l’homme de la situation. J’avais dit OK pour le scénario à condition de pouvoir le retravailler et y adapter mon univers, ajouter des personnages. Faire une commande, ce n’est pas dégradant ! C’est une commande qui répondait à plein de choses dont j’avais envie de parler.
"Mon titre à moi, c’était « Un mois ferme » !
Les producteurs ont dit « pas question » !"
Y a t-il eu de l'improvisation sur le tournage?
Si les dialogues sonnent si juste, c’est parce que pendant les 2 mois qu’on a répété, je laissais les comédiens libres d’improviser ou de mettre leurs dialogues en bouche, mais en respectant strictement la dramaturgie, sinon c’est plus possible !
Mais c'est un film où je n’ai eu que des galères! Les acteurs se sont mis en grève (pour être mieux payés!), l'un des acteurs un jour a eu une petite angine et ne voulait pas dire son texte, un autre des jeunes comédiens avait peur des guêpes (c'est problèmatique pour un tournage en pleine campagne!), certains avaient peur de rentrer dans une église pour le tournage, etc ! J'ai eu 15 jours galère sur 8 semaines : j’étais même prêt à réécrire le scénario pour éliminer des personnages !
Qui est le jeune handicapé dans le film?
Michael est un jeune garçon handicapé. Il n’a pas de mémoire immédiate donc c’était très compliqué pour apprendre les textes, mais ça lui donnait une force. C’est un môme formidable et ses parents sont fiers !
Pourquoi aborder le thème de la drogue dans Camping à la ferme?
Je n’aurais pas pu imaginer une seule seconde de faire un film de banlieue lisse, propre. Ils fument tous [des joints NDLR]! Autour de moi, il y a beaucoup de gens qui fument. Il n’y en a que 2 sur 6 qui fument dans l’histoire. Mais tout ça dans le film, c’est de l’ordre de la comédie. Pour moi, le pétard, c’est rien du tout. Aujourd'hui c’est le passage obligé, c’est l’initiation. Nous avant, c’était l’alcool. Si ils essayent autre chose c’est grave. Il ne faut pas abuser, c’est tout.
Propos recueilli lors de l'avant-première du film Camping à la ferme au cinéma Le Caméo à Nancy, le 22 juin 2005
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