Guillaume Laurant est désormais célèbres pour avoir écrit le scénario du Fabuleux Destin d'Amélie Poulain. Il est également l'auteur du scénario d'Effroyables Jardins et plus récemment d'Un long Dimanche de Fiançailles. Il a souvent collaboré avec Jean-Pierre Jeunet, déja à l'époque de La Cité des enfants perdus et d'Alien, la résurrection. Que dire d'autre: il est également romancier (il a publié le livre Les années porte-fenêtre aux éditions du Seuil), il est marié à l'actrice Isabelle Huppert, et simplement qu'il'est une personne très accessible et sympathique. Il aime visiblement son métier!
Son actualité : il prépare le scénario du prochain film d'Alain Chabat, adapté de la bande-dessinée du Marsupilami.
Vous travaillez actuellement sur l'adaptation au cinéma du Marsupilami...
La particularité de ce projet, c’est qu’Alain Chabat a négocié les droits, non pas de Spirou et Fantasio c'est-à-dire l’intégralité de l’histoire, mais uniquement du personnage du Marsupilami. D’où la nécessité pour lui de créer toute une histoire complètement inventée où sera intégré le Marsupilami et qui n’a pas le droit de ressembler trop à l’histoire de Champignac. Techniquement, a priori, le personnage sera incrusté avec des acteurs normaux, comme dans Qui veut la peau de Roger Rabbit. Évidemment, ça sera un film familial, grand public et pas avant-gardiste évidemment !
Est-ce que vous avez relu toutes les BD ou pas du tout pour pouvoir vous en détacher ?
Il y a des livres, par exemple Un Long dimanche de fiançailles, je l’ai lu peut être douze fois, je l’ai épluché dans tous les sens, alors qu’ Effroyables Jardins, je ne l’ai lu que deux fois au total. Pour le Marsupilami, il fallait voir toutes les particularités de l’animal qui pouvaient être utilisées et aussi savoir quoi ne pas choisir. L’animal sera comme il est, avec d’autres facultés. Se pose notamment la question de comment l’animal va s’exprimer car dans la BD, il ne dit que Houba. En tout cas, j’ai un peu de mal à parler du projet car le travail est encore en chantier.
Qu’est ce qui vous a séduit dans le projet ? Le pari de faire vivre un personnage de BD ? Le fait de créer entièrement un scénario avec le Marsupilami ?
C’est un mélange de tout ça. Aujourd'hui, je préfère devoir tout inventer, plutôt que d’adapter fidèlement la BD, même si c’est périlleux. Cet animal est mythique, séduisant. Il a une joie de vivre. J’ai envie de créer une histoire, un contexte. Pour le moment, la première envie, c’est de l’avoir dans son contexte naturel, dans la forêt tropicale. J’aime bien cet aspect là.
Il y aura la patte Chabat. Ca sera un peu acide…
Oui, bien sûr.
Y a t-il des films adaptés de BD qui vous inspirent pour adapter le Marsipulami?
J’en trouve pas comme ça ! C’est toujours un petit peu le même problème au cinéma : il y a un moment, l’idée vient de faire Astérix, qui est une vraie recette, à tous les sens du terme, et à ce moment, tout le monde a envie d’adapter une BD. Iznogoud, même Tintin. Jean-Pierre Jeunet a été relativement loin dans la discussion avec les héritiers pour faire un film à partir de Tintin. J’avais relu tout Tintin, et là où ça a posé un problème, c’est que les héritiers voulaient qu’on ne prenne qu’un seul album, et nous on trouvait que dramatiquement, pour que ça soit assez nourri pour faire un film, on voulait mélanger au moins trois ou quatre albums. Les héritiers n’ont pas voulu et c’est là que le projet s’est arrêté. Je ne réponds pas du tout à votre question, mais c’est pas grave !
C'est un challenge d'adapter une BD comme le Marsipulami... Les fans vont vous attendre au tournant...
Je pense que c’est le même problème pour la littérature. Quelqu'un qui a vraiment aimé un livre, pour son atmosphère, pour des tas de raisons profondes, doit être presque toujours déçu par son adaptation au cinéma. C’est presque une règle. C’est rare que l’on ait des surprises dans l’autre sens. Une bande dessinée, a priori, peut s’y prêter plus, mais théoriquement, car ça a en commun avec un film d’être une histoire racontée en image. Mais en même temps, à partir du moment où ça devient une image de cinéma, même le cadrage qui est fait naturellement dans la BD n’a plus rien à voir avec celui d’un film. On ne retrouve jamais ce qui fait la nature même d’une bande dessinée, liée à la couleur, le graphisme. Ca sera jamais tout à fait la même chose. On doit prendre un parti pris par des choix ou esthétiques ou narratifs, qui peut être un résultat réussi après, mais qui sera de toute façon autre chose.
Quels sont les critères d’adaptabilité pour une BD ?
C’est assez difficile. Il y a plusieurs paramètres : ça a en commun au film d’être une histoire racontée en images donc forcément on est sensible à l’univers visuel. Mais en même temps, c’est pas forcément ça qui va être adapté en premier. Ce qui rend adaptable la BD, c’est avant tout la qualité du scénario. On peut être amené à délaisser une BD qui aurait des qualité de dessin exceptionnelles car on ne fait pas le même choix que quand on choisit simplement la meilleure BD. Les autres paramètres : quelle est la possibilité de transcrire l’ambiance particulière qu’il y a dans le dessin à l’écran? par exemple.
Etes-vous un grand lecteur de BD ?
Non, je ne suis pas un découvreur de BD. Je n’y passe pas mon temps, mais j’ai lu énormément de romans étant jeune, de manière un peu maladive. Quand j’ai un peu de temps pour moi, j’ai plus de plaisir à m’immerger dans une BD que dans un roman.
Propos recueillis lors de festival De l'Encre à l'écran à Tours, en mars 2005, où Guillaume Laurant était l'invité d'une discussion sur l'adaptation de la BD au ciné
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